| La farce de Mouvaux |
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| Familles étudiées - Protestants | ||||
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LA FARCE DE MOUVAUX ................................................... ...................................................
................................................... La farce suivante lui ôte tout doute à ce sujet, car elle est une attaque en règle du clergé catholique et des abus que les réformateurs lui reprochent. Quatre personnages sont en scène: un prêtre catholique et trois figures allégoriques, savoir la Vérité, la Convoitise, la Simonie. La Vérité s'approche du prêtre et lui rappelle quelques maximes évangéliques: "Si tu as deux tuniques, donnes-en une à qui n'en a pas" - "Nourris ceux qui ont faim" sans attendre de "rénumération" (récompense). Le prêtre, effrayé par l'austérité de ces préceptes, s'écarte et recherche un maître moins sévère. Survient alors la Convoitise, qui lui promet de le "vêtir de velours de soie" et de lui donner "le meilleur temps du monde". Le prêtre juge tout cela excellent et s'empresse de recouvrir d'un drap la Vérité, afin qu'elle soit cachée à ses yeux, et ne l'importune plus. Le terrain ainsi préparé, la Simonie entreprend le prêtre à son tour. En se rangeant sous sa bannière, il ne connaîtra jamais la "pauvreté": il lui suffira d'élever des "statues de saints dont on servira les images" en de grandes fêtes, et devant lesquelles on brûlera des chandelles; de faire de "petits services" à "petites cloches" pour les pauvres, des "grands" à "grosses cloches" pour les riches, de vendre les "sacrements", de ne célébrer aucun mariage "sans avoir la pièce à la main". De plus, comme certains "évêques, archevêques, cardinaux et papes", il pourra disposer à sa guise de "femmes, tant mariées que veuves ou religieuses" ! C'en est trop pour la Vérité, qui, rejetant le drap qui la dissimulait aux regards, se relève et apostrophe les "faux prophètes" que sont la Convoitise et la Simonie, en les menaçant des fléaux de l'Apocalypse. ................................................... Indigné par ce qu'il a vu et entendu, qui, selon lui, tend à "abolir et confondre totalement l'Eglise et ses observances", le curé FAMELART informe immédiatement l'évêque de Tournai, qui, le 12 juillet, dépêche à Tourcoing Jacques DE MALE, "notaire apostolique et impérial, greffier de la Cour spirituelle de Tournai", à l'effet d'enquêter sur cette affaire. DE MALE interroge divers témoins en "L'hôtellerie de l'Ange" sur la Grand'place. Outre le déposition de Pierre FAMELART, il reçoit celle du curé de Mouvaux, Alexandre DARMON, qui fait part de son accablement: les spectateurs s'étaient grandement réjouis pendant la représentation, certains allant jusqu'à dire à haute voix que "les gens d'église avaient trop longtemps séduit le peuple... et qu'on les devait assommer", d'autres clamant que "c'était le dernier coup de la messe" et que désormais "on n'irait plus à la messe". ................................................... En dépit de la gravité des faits, les sanctions furent légères, ce qui tendrait à prouver que les magistrats étaient soit secrétement acquis à la Réforme, soit, sans y adhérer complètement, qu'ils tenaient pour vrais les abus dénobcés, soit encore qu'ayant pris conscience de la force du protestantisme local qu'ils aient préféré modérer les condamnations. Les acteurs d'occasion, tous habitants de Mouvaux - Antoine et Michel CARDON, Jacques LORTHIOIR, Jean DESTOMBES, Loys PREVOST, Pierre et Jean BOUSSEMARE - s'en tirèrent en payant une amende et en faisant deux "escondits" (cérémonie expiatoire qui consistait à se rendre à l'église, en chemise, un cierge à la main), l'un en l'église Saint Etienne de Lille, l'autre en l'église paroissiale de Mouvaux. En outre Jean BOUSSEMARE, lieutenant du bailli de Mouvaux, fut privé de sa charge. ................................................... Extrait de l'article "Le protestantisme à Tourcoing" par Jacques AMEYE, Chroniques tourquennoises tome 6 Les acteurs improvisés se font d'abord applaudir dans la parodie d'une scène biblique inspirée du livre de l'Exode: l'adoration du veau d'or. FAMELART, qui a suivi avec attention le déroulement de l'action, n'y voit rien "de contraire à la foi de notre mère l'Eglise catholique", bien qu'il trouve étrange que, pour former le veau d'or, les femmes israëlites offrent, non seulement leurs bijoux, mais aussi des "chapelets", objets de dévotion chers aux catholiques romains, mais rejetés avec horreur par les protestants. Y aurait-il quelque huguenoterie là-dessous ?
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