BOUSBECQUE - Etude des décès

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LA MORTALITE A BOUSBECQUE SOUS LE 1er EMPIRE

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Une première constatation : les taux de mortalité sont très élevés mais sont dans la moyenne de ceux constatés en France à cette période (entre 28 et 32 ‰)

 

Le taux qui choque le plus est celui de la mortalité infantile : près du quart des enfants décèdent avant l’âge de un an. Il faut peut-être d’ailleurs, ce qu’estiment les démographes, majorer un peu ce chiffre effroyable qui est un peu supérieur aux moyennes relevées en France début 19ème siècle : 230 ‰.

 

Quant on regarde de plus près l’évolution et la répartition de ces décès, on s’aperçoit de deux choses :

v  la première, c’est que la situation semble se dégrader : sur les 5 dernières années (de 1808 à 1812 compris), les taux dépassent à 3 reprise 300 ‰ avec un maximum la dernière année étudiée : 339 ‰ – plus d’un tiers des enfants ! –

v  la seconde, c’est la proportion de garçons décédés avant l’âge de un an : 84 pour « seulement » 65 filles, soit plus de 56% des décès (chiffre plus élevé que ceux que proposent des publications de l’INED pour la période de 1800/1809 : 52,6%). Ce chiffre est à mettre en relation avec la sous-représentation des garçons dans les naissances (voir plus haut). C’est en moyenne 30% des garçons qui décèdent avant l’âge de un an (contre moins de 22% chez les filles).     

       Il serait intéressant de voir les répercussions une génération plus tard…

 

Si on complète par la mortalité de 1 à 5 ans, c’est tout aussi effroyable : 352  ‰ sur la période, tous sexes confondus (25% de gamins en plus qui décèdent entre 1 et 5 ans !).

 

Je n’ai pu calculer l’espérance de vie à la naissance, n’ayant pas les « outils mathématiques pour cela, mais le relevé systématique de tous les décès par âge m’a permis d’obtenir d’autres indicateurs, il est vrai moins utilisés car moins intéressants que l’espérance de vie :

 

v  l’âge médian du décès (il y a autant de décès avant qu’après cet âge) est de … 15 ans en moyenne, 6 ans chez les hommes, 18,5 chez les femmes ! Cela semble incroyable, pourtant c’est réel. Il ne s’agit pas rappelons-le d’une cohorte au sens démographique mais d’une analyse de relevés (moins scientifiquement valable)

 

v  l’âge maximal au moment du décès : 92 ans en l’an 13 … et il s’agissait d’un homme. Ceux qui survivaient pouvaient atteindre de très grands âges.

 

 Autre angle d’étude : celui du lieu du décès :

3Mortalite

Première constatation : dans la très grande majorité des cas, les personnes décèdent chez eux ou du moins sont déclarés être décédés chez eux. En l’absence d’autres sources d’informations (il faudrait éplucher les recensements), on peut considérer que les pourcentages de décès sur les différents lieux, correspondent approximativement à la répartition de la population sur la commune. On peut donc sans grand risque d’erreur comparer les décès en très bas âge (moins de 1 an) avec les pourcentage de répartition de population.

 

Il n’y a pas de très gros écarts. Il semble néanmoins que les « sections » de la basville et celui de blandrisse ont moins de mortalité infantile ; par contre, ceux des bois, du chemin des vaches et de chrismesse en ont davantage. Y aurait-il des conditions d’habitation et d’hygiène moins favorables ? Là aussi, il faudrait le secours d’historiens locaux pour avancer quelques hypothèses solides, par exemple pour situer les zones marécageuses qui sont « mortifères ».

 

Une autre porte d’entrée est la saisonnalité des décès. En ce qui concerne la mortalité infantile, le relevé individuel fait apparaître une répartition presque équivalente sur l’ensemble de l’année avec néanmoins un pic en automne - près de 30% des décès -, les minimums se situant à égalité au printemps et en été – un peu plus de 22%).

 

Ceci est évidemment à mettre en relation avec la saisonnalité des naissances, les premières semaines se révélant être les plus périlleuses à passer.

En fait, cela constitue une petite surprise : on pouvait s’attendre à un pic en hiver, compte tenu à la fois de la saison rigoureuse mais aussi aux risques accrus de décès dans les semaines suivant la naissance, le pic des naissances se situant en hiver. Le report ne se fait même pas dans les mois qui suivent mais 6 à 9 mois plus tard … Les raisons du pic en automne sont difficiles à expliquer !

La mortalité par âges

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La surmortalité masculine existe dans la plupart des tranches d’âges et cela n’a rien d’original.

 

Néanmoins il y a surmortalité féminine de 10 à 20 ans (on l’a déjà évoqué), au dessus de 80 ans (parce que près de 75 %  de ces personnes sont des femmes) mais aussi entre 30 et 50 ans : 27 femmes pour 20 hommes. On ne peut s’empêcher de penser à des fausses couches dues à des grossesses tardives même si on n’a pas de preuves formelles. Un travail de pointage a été effectué pour mettre en relation accouchement et mortalité de la mère ; je n’ai relevé que 5 femmes décédées moins d’un mois après leur accouchement et 3 autres décédées entre 2 et 8 mois après. 2 avaient moins de 29 ans, 2 de 30 à 35 ans, 2 de 35 à 40 ans, 1 de 43 ans et 1 de 49 ans décédée le jour-même. Cela n’est donc pas probant pour tout expliquer mais c’est sans doute un début de piste. A noter qu’apparaît dans le relevé le nom d’une sage- femme qui vient déclarer à plusieurs reprises la naissance chez des filles mères. C’est la même durant toute la période : Marie Eléonore LE FEVRE, 74 ans en 1809. Sans doute est-elle régulièrement appelée par beaucoup de femmes en dépit de son âge élevé.

 

La surmortalité masculine chez les jeunes hommes appelle une analyse plus précise. Une part vient des décès survenus lors des guerres napoléoniennes. Le relevé précis donne un bon aperçu des déplacements des troupes mais aussi des zones occupées ou encore de territoires devenus français (nous sommes à l’apogée de l’empire napoléonien). On trouvera en annexe le relevé exhaustif de ces décès.

Rappelons pour commencer le recrutement de ces armées :

      La levée en masse des soldats de l’an II (1793) qui concernait pour la première fois tous les jeunes hommes aptes à porter les armes, avait permis de repousser l’invasion étrangère mais avait également souvent suscité beaucoup d’émoi auprès de populations rurales pour qui la guerre n’était pas leur affaire.  La loi Jourdan de 1798 crée une conscription, un service militaire obligatoire, pour tous les hommes, célibataires ou veufs sans enfants, depuis « l’âge de vingt ans accomplis jusqu’à celui de vingt-cinq ans révolus ». Napoléon crée en 1804 un conseil de révision et l’institution du tirage au sort. Celui-ci s’effectuait par canton. En fait, seuls 30 à 35% des conscrits effectuaient un service militaire. En effet, l’Empereur préférait avoir un contingent plus limité mais mieux aguerri par un service long, le nombre étant apporté par les troupes originaires des pays « alliés ». Néanmoins, les pertes subies et l’extension de l’Empire nécessitèrent des levées anticipées et l’augmentation des contingents à partir de 1808 qui suscitèrent, on le sait, beaucoup de mécontentement, y compris dans la région. Nous verrons comment on peut le deviner à travers les actes d’état civil.

 

Il y avait possibilité de se faire remplacer en payant quelqu’un pour cela. Qu’en a-t-il été sur

Bousbecque ? Je n’ai pas d’éléments à ma connaissance, mais nul doute que plus d’un parmi les journaliers aurait pu se laisser tenter.

 

 

LES DECES MILITAIRES

 

On recense 14 décès dans les actes d’état civil. Sans doute, ce chiffre est-il bien inférieur à la réalité ; il est fort possible que d’autres n’ont jamais été signalés. Tous ceux qui sont recensés dans les actes sont morts à l’hôpital plusieurs jours après leur admission. N’y en avait-il pas qui décédaient en dehors d’un hôpital ? Deux d’entre eux sont morts des suites de leurs blessures reçues à Austerlitz et Wagram, mais on ne retrouve aucun recensement de soldats morts sur un champ de bataille. Il serait surprenant qu’il n’y en ait pas eu. Mais, y avait-il réellement un recensement de ceux-ci ? Quand on voit le temps que prend l’administration des hôpitaux pour prévenir d’un décès (plus de 10 mois en moyenne), il est bien possible que rien ne soit prévu pour les décès au combat.

 

En général, c’est le maire qui reçoit un « avis mortuaire » ; est-il prévenu à l’avance ? On peut en douter. C’est donc sans doute ainsi qu’a été prévenu le maire de Bousbecque du décès de son fils et on en peut imaginer les circonstances ! … A recenser ces décès au fur et à mesure du dépouillement des actes, cela m’a plusieurs fois fait penser aux circonstances similaires de la guerre 14/18.

 

Les délais d’«avertissement » sont indépendants de la distance : il faut 3 mois pour recevoir l’avis provenant de Thorn (Torun) en Pologne, 23 pour recevoir celui provenant de Nicolsbourg en Moravie pourtant moins éloigné, les décès ne s’étant produit qu’à un mois d’intervalle ! Il semble que cela tient davantage de l’administration de l’hôpital que des délais de transmission. En tous cas, cela ne semble pas du tout une priorité !

 

Les hommes qui décèdent sont tous, à une exception près, hommes du rang, fusiliers pour la plupart, canonniers pour 3 d’entre eux, et un ouvrier maritime détaché de son unité. On peut penser qu’ils sont issus de la conscription même si cela n’est pas précisé pour la plupart (pour l’un d’entre eux décédé en 1809, il est précisé « conscrit de 1806 »). Ils ont au moment du décès pour la majorité d’entre eux entre 21 et 24 ans. Il y a 3 exceptions : l’un avait 19 ans (engagé volontaire avant l’âge de conscription ?), un autre, simple fusilier, avait 33 ans, le dernier avait 38 ans, "adjudant major capitaine" : c’était lui le fils du Maire de Bousbecque. Cet officier subalterne du rang de capitaine, était « chargé des détails du service de son bataillon et de l'instruction des sous-officiers et des caporaux, de la discipline et même de la police du régiment ». Un rapide calcul nous fait dire qu’il est né en 1771, qu’il avait 22 ans en 1793 et qu’il pourrait bien s’agir d’un « soldat de l’an II » qui aurait poursuivi ensuite une carrière militaire en montant peu à peu les échelons comme cela était possible depuis la révolution. Mais il ne s’agit que de suppositions.

 

Tous ces hommes sont déclarés originaires de Bousbecque ; pourtant pour deux d’entre eux, le nom des parents n’est pas mentionné dans l’acte. Négligence du Maire ?  Ils sont pourtant déclarés être nés à Bousbecque…

Pour trois d’entre eux les deux parents sont déjà décédés, seuls deux d’entre eux avaient encore leurs deux parents. Cela est au dessus de la moyenne relevée au moment des mariages. Y-a-t-il une explication ?

 

 

Autre sujet d’intérêt, les causes de décès. Nous avons évoqué les 2 soldats décédés des suites de leurs blessures. Mais, pour 7 autres, ils décèdent de « fièvres », un de dysenterie, un autre de  « typhe » (sans doute de typhus). Pour quelles raisons ont-ils été admis à l’hôpital ? Ont-ils contracté d’autres maladies sur les lieux d’hospitalisation ? Quand on connaît un peu les conditions sanitaires qui y existaient, toutes les hypothèse sont permises. 3 décès ont attiré mon attention : il s’agit de 3 « canonniers » de la 19ème compagnie du 8ème régiment d’artillerie. Ils sont décédés à 3 semaines d’intervalle entre les 5 et le 29 septembre 1811, le premier à Anvers sans précision de la cause du décès, le second à Gand de « typhe », le troisième à Middelbourg aux Pays Bas de «fièvre adynamique ». On est bien entendu tenté de rapprocher les 3 décès : ils sont sans doute décédés suite à une épidémie survenue en cantonnement, peut-être le typhus qui était fréquent dans les armées en campagne. Cette maladie qui provoque de redoutables épidémies, se caractérise par des «fièvres » élevées et se répand là où les conditions d’hygiène sont déficientes. On l’appelle également parfois « « fièvre des hôpitaux ». Il est étonnant qu’ils soient décédés à 3 endroits différents assez distants les uns des autres. A-t-on voulu disperser les malades ?  On peut également s’interroger sur le cas d’un autre décès survenu la veille de celui du premier cas cité ci-dessus : il s’agit d’un « fusillier » dont le régiment stationnait dans l’île de Walcheren au Pays- Bas, décédé à  l’hôpital de Middelbourg de « dysenterie chronique ». Les mêmes lieux au même moment ….

De même, décède 3 mois plus tard, à l’hôpital maritime du port d’Anvers, un « ouvrier maritime » manifestement, vue la formulation de l’avis, détaché de son  unité. Encore un lieu de la région, cité précédemment.

 

Les lieux de décès donnent un bon aperçu des déplacements des troupes napoléoniennes. (Rappelons que tous les déplacements se faisaient à pied !).

      Nous avons évoqué ci-dessus les villes de Gand et d’Anvers qui faisaient partie de l’empire français de même que Middelbourg depuis 1810. (L’expédition militaire anglaise sur Walcheren en 1809 explique sans doute la forte présence militaire française).

      Venise était intégrée depuis 1805 au Royaume d’Italie dont Napoléon était roi.

      2 soldats décèdent en Espagne, respectivement à Zamora et Salamanque. L’Espagne avait été occupée dès 1808 pour assurer le passage des troupes françaises vers le Portugal. Le soldat décédé à Salamanque faisait d’ailleurs partie de l’armée du Portugal. Un autre soldat décédé à Perpignan faisait vraisemblablement partie d’un régiment se dirigeant vers la Catalogne.

      Plusieurs lieux de décès se situent en Europe centrale ou Europe de l’Est :

            Nicolsbourg est une ville du sud de la République tchèque actuelle non loin d’Austerlitz ; le soldat qui y est décédé en janvier 1806, y avait reçu des blessures dont il ne s’était pas remis.

            Le second, Toruń (Thorn en allemand) se situe en Pologne actuelle, en Prusse à l’époque. Selon toute probabilité, le soldat qui y décède en août 1807 avait participé à la bataille d’Eylau puis de Friedland se situant non loin de Toruń (la  bataille de Friedland s’est déroulée 1 mois et demi avant son décès).

            L’officier qui décède à Vienne avait participé 2 jours plus tôt à la bataille de Wagram (juillet 1809) et c’est en septembre 1809, à Nicolsburg déjà cité, que décède un autre soldat qui faisait partie de « l’armée d’Allemagne ».

 

Le relevé s’arrête fin 1812. Nul doute qu’à ce moment-là, des Bousbecquois ont déjà laissé la vie dans la campagne de Russie qui avait débuté …

 

Je terminerai par un cas tout à fait étonnant, celui de Philibert Delmotte dont l’oncle et le frère viennent déclarer le 18 février 1805 la mort survenue aux USA le 6 juin 1804. D’après l’acte, il avait 24 ans, résidait à Boston et était « Fusilier de la 1ère compagnie du 1er bataillon de la 3ème demi brigade de ligne ... pour les quatre états de la Nouvelle Angleterre ». Comment la famille a-t-elle été informée ? ? Quelle était la nature de cette fonction ?? Depuis quand ?? 

Je n’ai aucune explication qui tienne la route …

 

 

On peut dire à titre de conclusion de ce long chapitre sur les décès à Bousbecque que la mortalité est globalement un peu supérieure aux moyennes françaises de l’époque. C’était également le cas pour les naissances, ce qui revient à dire que le taux de croissance naturelle est en moyenne d’environ 0.8 à 0.9 % par an sur l’ensemble de la période, avec de gros écarts :  l’an 14/1806 voit un bond de 2.5%, alors que les années 1808, 1810 et 1812 voient à peine plus de naissances que de décès. Ce que les démographes appellent la transition démographique est sans doute en marche, mais cela reste encore bien timide !

 

 

Suite de l'article : IntroductionLa natalité  /  la nuptialité

Etienne-Marie DHALLUIN