BOUSBECQUE - Etude des mariages

Articles - Quartier du Ferrain

LES MARIAGES A BOUSBECQUE SOUS LE 1er EMPIRE

1Mariage

Il faut rappeler pour commencer les dispositions du Code Civil, communément appelé Code Napoléon, adopté en 1804 :

v  La majorité pour les hommes comme pour les femmes est de 21 ans

v  Néanmoins, la « majorité matrimoniale » est différente selon les sexes : 21 ans pour les femmes, 25 ans pour les hommes. Avant cet âge, ces derniers étaient donc considérés comme « mineurs » et avaient donc besoin de l’assentiment des parents.

v  Même si les futurs époux ont atteint la majorité matrimoniale, ils sont tenus par la loi à demander « conseil » à leurs parents ou à défaut leurs grands parents. S’ils n’obtenaient pas l’assentiment, ils étaient tenus de présenter par trois fois à leurs ascendants par voie de notaire leur projet de mariage : on appelait cela des « actes respectueux ». Il devait y avoir au minimum un mois entre chaque acte. Cela n’empêchait pas le mariage mais le retardait et cela représentait un coût pour les demandeurs.

 

Ces dispositions font mieux comprendre le contenu des actes de mariage. Il est en effet étonnant et même cocasse de voir l’assentiment des parents (en fait le père quand il est vivant) donné pour un mariage d’un adulte de 40 ans et plus ou encore l’assentiment donné par voie de notaire en cas d’absence du père au mariage d’un enfant majeur !

 

Avant de débuter l’étude concrète, il est important de remarquer que comme c’est la coutume, on se marie dans la commune de la femme (il y a une seule exception : une femme originaire de Linselles qui se marie à Bousbecque … mais elle accouche peu de temps après ! Ceci explique peut-être cela !). Il est important de s’en souvenir car des couples habitant Bousbecque se sont mariés dans d’autres communes. On s’en rend bien compte en croisant naissances et mariages. Nous reviendrons sur les lieux d’habitation.

 

Mais ce qui est le plus intéressant à examiner est l’évolution du nombre d’hommes n’ayant pas la « majorité matrimoniale » et qui se marient : aucun en l’an 12 et l’an 13, mais une forte augmentation ensuite : 9 en 1810, 8 en 1812. On ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec la conscription qui ne s’appliquait pas aux hommes mariés. Il est vrai que les disparitions répétées de jeunes hommes que tout le monde connaissait avaient de quoi inquiéter !

Cela a eu comme conséquence la baisse significative de la moyenne d’âge de l’époux au moment de son mariage : 34 ans en l’an 12 mais 28 ans en 1811 (alors que parmi les époux, il y avait un homme de 61 ans). Bien entendu le nombre de mariages est peu élevé et les statistiques sont peu fiables, mais on ne peut nier la tendance générale surtout quand on voit, les 3 dernières années, des maris ayant juste 20 ans !

 

Chez les femmes, la baisse de moyenne d’âge n’est pas flagrante. Sur les 3 dernières années, il y a 21 époux mineurs, pour seulement 7 épouses mineures au total (bien sûr, l’âge de la majorité n’est pas la même !).

 

Notons pour en terminer avec ce point qu’en moyenne, les hommes continuent à se marier plus tard que les femmes mais que l’écart va en s’amenuisant au fil des années : 6.6 ans en l’an 12 mais seulement 2.1 en 1812.

 

 

AVEC QUI SE MARIE-T'ON ?

 

Rien de très original : on se marie avec quelqu’un de son village, de son âge (on l’a vu ci-dessus), ayant la même profession.

 

 

La « cérémonie » de mariage se déroulant dans le village de la fille, on peut dire que les 2/3 des Bousbecquoises se marient avec un homme de Bousbecque.

 

Les autres ne vont généralement pas « chercher loin » : Halluin, commune voisine, a la préférence, suivie de Linselles, Wervick (departement du Nord) et Roncq ; un tout petit peu plus loin pour Comines, Quesnoy, Wambrechies, Bondues, Tourcoing (qui sont les communes voisines des précédentes !). 3 exceptions avec des communes de l’autre côté de la Lys : Reckem qui touche Halluin, Heule qui est rattachée aujourd’hui à Courtrai (20km), Houtem qui est soit celle qui se situe près de Furnes (50 km) ou celle aujourd’hui rattachée à Vilvoordre (120 km) et enfin « Curnes » tel que l’inscrit le maire et qui est sans doute Furnes (60 km). Pour 3 de ces dernières communes, les époux sont marchands de lin et donc amenés à se déplacer davantage et à rencontrer des personnes venant de plus loin.

 

 

Pour l’immense majorité des cas, les 2 époux ont la même profession (je reviendrai ci-après sur les différentes métiers). Dans la plupart des cas, ils sont journaliers/journalières (49 fois) ou cultivateurs/cultivatrices (14 fois). A noter que les journaliers se marient davantage entre Bousbecquois (4 fois plus qu’avec des personnes d’une autre commune) que les cultivateurs (moitié/moitié). 6 cultivateurs épousent 6 journalières, 4 journaliers épousent 4 cultivatrices (uniquement de Bousbecque). Les marchand(e)s de lin épousent plutôt des conjoints d’une autre commune (12 contre 5). Pour les autres professions, il s’agit d’unités.

 

 

On se marie, on l’a vu, en moyenne avec une femme légèrement plus jeune (la plus jeune a 17 ans), mais parfois les écarts peuvent être importants :  en 1809, un homme épouse une femme 30 ans plus jeune et à l’inverse, en 1812, un homme épouse une femme 12 ans plus âgée que lui.

 

 

Après veuvage, il y a des remariages. C’est le cas de 2 femmes pour lesquelles le mari est décédé durant la période étudiée et qui se remarient. Un membre de la famille de son défunt mari lui sert de témoin, ce qui laisse entendre qu’ils approuvent cette nouvelle union.

 

 

Dans les recoupements entre les fichiers du dépouillement réalisé, j’ai trouvé 6 décès de conjoints peu de temps après leur union : 4 hommes et 2 femmes dont la moitié entre 3 et 10 mois après le mariage.

 

 

QUEL DEGRE D'INSTRUCTION DES EPOUX ?

2Mariage

Dans les actes de mariage, il est demandé aux époux et à 4 témoins, (deux pour chaque époux) de signer. Assez fréquemment, il est précisé « ont déclaré ne savoir ni écrire, ni signer ». Mais savaient-ils néanmoins lire ? Rien n’est moins sûr.

 

 

Un relevé attentif permet de se faire une bonne idée de la question de l’instruction.

 

Une constatation : moins de la moitié des Bousbecquois signent. En examinant de plus près, deux surprises nous attendent :

 

Ø  Les jeunes femmes signent plus souvent que leur nouvel époux : 40% contre 37% mais seulement 30% si ne prend que les hommes originaires de Bousbecque, alors que la moitié des Halluinois signent.

 

Ø  La génération précédente signe plus souvent : 49% chez les pères, 47% sur l’ensemble des témoins alors qu’il y a une proportion non négligeable de jeunes hommes (il n’y a pas de femmes comme témoins !!)

 

 

Ces constatations appellent à réflexion :

 

      A une période où l’école n’avait rien d’obligatoire, les filles la fréquentait davantage que les garçons … Etonnant !

 

      La seconde remarque concerne les perturbations apportées par la Révolution française. On le sait, avant la Révolution, c’était le clergé qui assurait l’instruction dans les campagnes. Sans connaître particulièrement l’Histoire de Bousbecque, on peut avancer que les bouleversements et même parfois les persécutions qu’ont dû subir les membres du clergé avant la pacification apportée par le Concordat de 1801, ont sans doute perturbé l’instruction des jeunes générations car rien n’avait été mis en place en remplacement. Après la révolution, le clergé reprend cette ancienne fonction. L’instituteur de Bousbecque, on l’a déjà dit, durant la période 1803/1812 est également clerc. A noter qu’il ne donne comme profession « instituteur » que de 1804 à 1806 puis à partir d’octobre 1810 ! Pourquoi ? …

 

      Une analyse fine de ceux qui signent parmi les témoins fait apparaître une faible proportion des 20/30 ans puis des 50/70 ans ; à contrario les 40/50 ans et les plus de 70 ans ont un taux approchant ou dépassant même les 60%.

 

      De même, mais ce n’est pas étonnant, c’est chez les cultivateurs que l’on trouve le plus de signatures (61%), chez les marchands de lin (55%), par contre les journaliers ne sont que 20% à signer, l’école n’étant pas gratuite !

 

 

QUAND SE MARIE-T'ON ?

 

Très clairement c’est en automne et au printemps qu’on se marie le plus, 2 fois plus qu’en été ou en hiver, mais c’est très variable selon les années : de 0 à 11 en automne par exemple !

De même, le mercredi à la préférence des mariés (près d’un sur 2) devant le mardi (près de 40%).  Par contre, aucun ne se marie le vendredi ou le samedi ; subsistance de raisons religieuses ?

 

 

OU VONT HABITER LES NOUVEAUX EPOUX ?

 

Pour essayer de répondre à cette question, je me suis penché sur les naissances qui ont suivi. Bien sûr, certaines femmes n’ont peut-être pas eu d’enfants, mais pour aller plus loin, il aurait fallu éplucher les résultats des recensements, sans une absolue certitude d’ailleurs.

 

Il en ressort de cette étude que vraisemblablement 24 épouses suivent leur mari originaire d’une autre commune, mais qu’à l’inverse, 8 hommes originaires d’une autre commune viennent s’installer à Bousbecque. J’ai repéré également que 8 couples dont les époux étaient tout deux originaires de Bousbecque n’ont pas eu d’enfants sur la commune (je n’ai pas compté bien sûr les couples mariés les deux dernières années).

 

A noter que dans les actes de décès, le lieu du décès est généralement indiqué et que dans l’immense majorité des cas, il est indiqué « décédé chez lui (ou chez elle) …. ». Cela laisse-t-il entendre que chacun a son habitation et que les nouveaux couples n’habitent pas chez les parents de l’un d’entre eux ? Ce serait sans doute en tirer des conséquences trop hâtives ! …

 

 

LES PROFESSIONS

 

J’ai réalisé cette étude à partir des personnes citées aux mariages, ces actes me semblant être les plus intéressants en la matière.

 

Les journaliers sont les plus nombreux. Les journaliers étaient des personnes qui louaient leurs bras à la journée, d’où leur nom. Ils avaient donc une situation précaire et un travail irrégulier surtout en hiver et on peut penser que les produits d’un jardin et peut-être d’un petit élevage, quand cela était possible devait être d’un grand secours.

 

 

Viennent ensuite en nombre les cultivateurs. Ils ont une terre à cultiver qu’ils possèdent ou qu’ils louent à un propriétaire qui n’habitent pas toujours sur place. On sait que des bourgeois ont placés des capitaux dans la terre dont certaines viennent de la vente des biens nationaux, terres confisquées au clergé et à la noblesse durant la révolution. Nota : je n’ai pas eu accès à des documents sur ce sujet à Bousbecque, mais il serait étonnant que la réalité soit différente d’ailleurs

 

En croisant les actes, on s’aperçoit qu’il arrive parfois que les mêmes personnes se déclarent à certains moments journaliers, puis à d’autres cultivateurs, voire marchand de lin. On peut comprendre que si quelqu’un n’a pas suffisamment de terres à cultiver pour vivre, il soit amené à exercer une autre activité !

 

Ce qui est original par rapport à d’autres communes, c’est l’activité de marchand de lin qui est assez bien répandu. On cultive en effet cette plante dans la commune : Bousbecque en était même au 18ème siècle le 1er producteur français. Celle-ci se cultive dans les régions où on dépose la récolte dans des zones inondées, pour le rouissage : on fait pourrir la gangue végétale pour pouvoir ensuite récupérer aisément les fibres de lin qui seront travaillées dans le textile. Mélangées à d’autres fibres, elles donnent une grande résistance aux tissus. On connaît la réputation ancienne des activités textiles dans la région en particulier dans les villes voisines de Tourcoing et de Roubaix. Il n’est pas impossible que durant l’hiver, les journaliers travaillent chez eux pour des entreprises de ces villes. Plusieurs personnes de Bousbecque, d’ailleurs, se déclarent « Tisserand », « Fileuse », « Fileuse de lin ». On trouve dans les témoins une « blanchisseuse de toile » à Marquette, un « marchand de fil de lin » à Linselles et Comines, un « marchand de fil de laine » à Tourcoing, un « fabricant d’étoffes » à Roubaix, un « négociant » (on peut penser qu’il s’agit de textile) à Tourcoing. Il y a même un « mécanicien » de Tourcoing ; serait-ce les premiers métiers mécaniques arrivés en fraude d’Angleterre ? En tous cas l’activité qui touche au textile est bien représentée.

 

De même, on trouve à Bousbecque, mais aussi à Wervik, un « huillier » et un « fabricant d’huile ». Sans doute s’agit-il d’huile de lin.

 

Pour en terminer avec les activités liées à l’agriculture à Bousbecque, il faudrait rajouter un « berger » mais aussi un « maréchal ferrant ». Il y a également des professions liées à l’alimentation : « boucher et bouchère », « boulanger », « marchand épicier », mais également un « brasseur », tout comme à Wervick ; y-avait-il une activité de brasserie à Bousbecque ? ….à moins que le brasseur ne se déplace pour son travail. On trouve en tout cas un « cabaretier et une cabaretière » pour servir cette bière … et sans doute d’autres boissons !

 

Dans les activités liées à la construction, on trouve un « maçon » et un « charpentier » mais il n’est pas impossible que celui-ci construise davantage de cercueils que de maisons et il ne manque pas de travail …. comme le « fossoyeur » d’ailleurs!  Il a besoin de bois tout comme le « tonnelier » et sont donc liés au travail du « bûcheron ». On trouve par ailleurs, à Linselles et Mouvaux des « tourneurs » (sans doute sur bois).

 

Dans les activités restantes, on va trouver un « tailleur » et un « cordonnier », la « sage-femme », un « chirurgien »,  le « garde champêtre », le « curé », le « vicaire » et le « clerc/instituteur » et bien sûr le « maire » dont on ne sait s’il a une autre activité.

 

Il y a aussi un « rentier » et une « rentière » mais ils sont des exceptions : la plupart de ceux qui décèdent sont déclarés avec une profession ; ils gardent sans doute une activité jusqu’à leur décès … la retraite n’existe pas !

 

On trouve également un « batelier » domicilié à Comines, un « batelier voyageur » et un autre déclaré comme « passager » (de passage), dans les témoins de naissance ;  dans les décès, on déclare un « étranger, pauvre, sans domicile fixe, tombé malade à Bousbecque ».

Je n’ai pas trouvé de signification à une activité signalée une seule fois :  « platelette » …

 

Pour terminer, dans ce registre, une activité est signalée par 3 fois lors de décès : il s’agit du « pauvriseur » (ou pauvrisseur) .Christophe Yernaux qui connaît très bien la région précise qu’il s’agit du « Ministre de la carité des pauvres, personne chargée de gérer les biens alloués aux pauvres. Charge bénévole et obligatoire pour deux ans renouvelable à la saint Jean Baptiste (24 juin). »

Signalons simplement, mais là non plus cela n’a rien d’original, que les fils ont le plus souvent la même activité que le père !

 

CONCLUSION

Je ne pensais pas en commençant ce travail que l’on pouvait glaner tant d’informations en croisant des actes, des informations qui touchent au quotidien mais également aux grands évènements dont on parle dans les livres d’Histoire (les batailles par exemple), des informations générales mais aussi personnelles, parfois même … indiscrètes, qui touchent à l’intime des gens, des informations qui permettraient à un écrivain de trouver une base réelle pour imaginer l’histoire de ce village à cette période ; bien des « fictions » ne puisent pas dans un vivier si abondant !

 

Suite de l'article : IntroductionLa natalité  /  la mortalité

Etienne-Marie DHALLUIN