BOUSBECQUE - Etude des naissances

Articles - Quartier du Ferrain

LA NATALITE A BOUSBECQUE SOUS LE 1er EMPIRE

 

Les taux de natalité

On est frappé par les taux élevés qu’enregistre Bousbecque pendant cette période.

Naissances :

1Natalite

      A titre de comparaison, le taux actuel de la France est de 13 ‰ et celle du continent africain est de 35.60 ‰. Les taux à Bousbecque en 1809 et 1811 sont ceux de l’Angola actuelle.

 

      On estime généralement que le taux en France au début du 19ème siècle était autour de 32‰ (voir les travaux publiés par l’INED). La commune de Bousbecque  ne semble pas encore être touchée par la baisse de la natalité qui s’était amorcée en France au 18ème siècle .

 

      On est frappé également par les variations importantes du nombre de naissances d’une année sur l’autre qui font passer les taux de natalité de 36 à 45 ‰.

 

 

      Avec les données dont on dispose avec l’analyse des actes, il est difficile d’estimer le nombre moyen d’enfants par femme. Il est vraisemblablement très élevé. A titre d’exemples, 3 femmes de Bousbecque ont eu 7 enfants durant la période étudiée (9 ans 3 mois) et je n’ai pas relevé le nombre de femmes ayant eu 6 enfants durant cette même période mais elles sont également nombreuses!

 

 

      L’âge de la mère n’est pas indiqué dans les actes (sauf pour les naissances hors mariage) ; par contre, celui du père l’est. En moyenne, il est de 37,3 ans, le plus jeune avait 21 ans, le plus âgé … 64 ans.

 

 

      C’est en hiver qu’il y a le plus de naissances (près de 30%) et en été qu’il y en a le moins (moins de 19%), les périodes de conception correspondant respectivement au printemps et à l’automne. Certains démographes ont pu avancer la saisonnalité des mariages, ce qui ne convient pas ici : si on retire les mariages de la dernière année (1812)-afin de laisser le temps de naître ! – le pic des mariages est en automne ; cela donnerait un pic de naissances en  … été. Bien sûr, il faudrait tenir compte des enfants nés moins de 9 mois après le mariage, mais c’est très marginal : 9 naissances sur 579 ! D’autres démographes ont évoqué la saisonnalité des travaux agricoles, hypothèse qui conviendrait peut-être un peu mieux. Mais, tout simplement, ne s’agit-il pas d’explications plus « naturelles » : l’arrivée du printemps qui donnerait quelques idées ? …

 

 

     

Durant la période étudiée, il naît en moyenne un peu plus de filles que de garçons (taux de masculinité de 0.94). Cela est tout à fait étonnant : le taux habituel est de 1.05 (il naît environ 105 garçons pour 100 filles), constante quasi invariable au fil des siècles (sans intervention humaine). J’ai même refait un pointage pour être sûr de ne pas avoir fait erreur .. sans autre résultat … Quand on examine la répartition au fil des années, on est frappé par de très grosses différences : le taux de masculinité varie de 0.62 à 1.45 (!) mais ces chiffres sont à prendre avec précaution compte-tenu des effectifs relativement pour chaque année (de 54 à 75 naissances).

 

 

      Autre sujet d’étude : celui des naissances hors mariage. Il est relativement peu élevé : il y en a eu 24 pour 579 naissances, soit une moyenne de 2.5 par an. Toutes les mères sont des journalières ; la plus jeune a 22 ans, la plus âgée 44. Dans le tiers des cas, l’enfant est reconnu par le père.. De façon anecdotique, notons que l’un d’entre eux épouse peu de temps après la mère de son enfant (qui avait eu, durant la période considérée 3 autres enfants, … mais on ne sait de qui). Notons également qu’une femme a durant cette période 3 enfants du même homme. Vraisemblablement, ils vivaient ensemble.

 

 

      On peut s’étonner qu’il n’y ait pratiquement pas de naissances avant mariage. Bien sûr, on ne peut que faire des suppositions, mais en croisant mariages et décès, on ne peut s’empêcher de s’interroger face au nombre élevé de jeunes filles décédant entre 14 et 20 ans (13 filles contre 5 garçons). Les « faiseuses d’anges » existaient dans les campagnes, on le sait ! Cela avait parfois des conséquences dramatiques pour les femmes...

 

 

      A titre de conclusion sur ce chapitre, on peut s’interroger sur les raisons de la persistance d’une natalité aussi élevée, alors qu’elle avait commencé à baisser en France. Y-a-il persistance d’influence forte de l’Eglise catholique en la matière, alors qu’on pourrait penser qu’elle sortirait affaiblie  de la période révolutionnaire ? Une étude croisant ces fichiers d’état civil avec ceux des registres de baptême, ainsi que l’avis d’historiens locaux, permettrait sans doute de confirmer ou infirmer cette hypothèse. Un indice qui pourrait faire penser à une influence religieuse restée forte : la fréquence des actes où le clerc (qui est également l’instituteur) est sollicité pour être témoin pour un décès ou une naissance…

 

 

Suite de l'article : Introductionla nuptialité  / la mortalité

Etienne-Marie DHALLUIN